Le temps perdu








Août 2016, Ploumillau, Bretagne.

Ce week-end,  tout le monde est réuni chez mes grands-parents pour fêter les 90 ans de mon grand-père.
Je réalise avec amertume que cela fait trop longtemps que je ne suis pas venu les voir.

Combien d’étés ai-je passés ici avec mon frère ?
Cette maison, ce jardin étaient notre terrain de jeux. On n’allait pas tellement à la mer ; mes grands-parents sont davantage des bretons de la terre.

La maison n’a pas vraiment changé : la même décoration, les mêmes assiettes, la même odeur, si agréablement familière.
Notre chambre d’enfants non plus : les mêmes dessus de lits, la même tapisserie. Pourtant on n’y dort plus depuis longtemps.
Pépé passe toujours autant de temps dans son sous-sol, Mamie dans sa cuisine.

Comme un saut de vint-cinq ans dans le passé.

Rien n’a vraiment changé, et pourtant tout est différent.
Les signes du temps sont là : les dalles de la terrasse craquelées, les murs de la maison légèrement jaunis, le potager moins bien entretenu, le jardin moins fleuri…
Je les regarde, me réjouis qu’ils soient en bonne santé.
Mais le pas le mon grand-père n’est plus si alerte, ma grand-mère commence à oublier les détails du quotidien.

L’idée de cette série photographique prend corps lors de ce week-end.
Je décide de revenir les voir bientôt, et plus régulièrement, pour les photographier, comme un prétexte.
Pour ne pas oublier ; même si le temps recouvre chaque jour un peu plus mes souvenirs d’enfant.